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Souvenir d’hiver

Je me souviens de ces vacances, celles où je ne partais pas parce que le temps hivernal ne s’y prêtait pas. Ma sœur et moi passions alors beaucoup de temps chez mon grand-père.

Dehors, le froid était piquant. Je cumulais les couches de vêtements. J’emmitouflais tout ce que je pouvais pour que ma peau soit le moins possible au contact de l’air. Une fois arrivée chez mon grand-père, j’enlevais la majeure partie de mes diverses couches de vêtements et je me posais dans la véranda. Au milieu des plantes, j’offrais mon visage au soleil et je savourais cette douce chaleur. Je restais là, de longues minutes, jusqu’à ce que l’on vienne me déloger.

L’autre plaisir de ces vacances se passait en extérieur : le carnaval ! Chaque année, de nombreux forains investissaient le centre ville, le parant de mille couleurs et d’ampoules clignotantes. Certains jours s’ajoutaient à cela des chars, des musiciens, des danseurs. Le monde se pressait pour les voir, les écouter. Toute cette animation rendait l’hiver plus supportable, plus coloré, plus joyeux. J’aimais m’emplir de tout ce brouhaha, des sourires de chacun et de la joie qui envahissait la ville.

Et si, en plus de cela, mon grand-père m’offrait une barbe à papa, alors je devenais aussi légère que la sucrerie. Je me souviens de l’attention que je portais à la création de cette boule rose, grossissant à vue d’œil sous mon regard. Je me souviens de la texture, aussi légère qu’un nuage (du moins l’imaginais-je), fondant en moins d’une seconde sous ma langue. De ce goût sucré que je voulais garder le plus longtemps possible en bouche, et de mes doigts collants qui, pour l’occasion, ne se cachaient plus dans mes gants.

Je crois que mon grand-père prenait autant de plaisir que ma sœur et moi, à parader dans cette ville nouvelle et éphémère, les cinq sens aux aguets. Nous nous chargions d’ondes positives jusqu’à ce que la sensation de froid se rappelle à nous et nous incite à rentrer. J’ai toujours été une fille de l’été, il n’y a aucun doute à cela. Je garde néanmoins un souvenir joyeux de ces vacances d’hiver.

Coup de projecteur sur une scène de plage [logorallye]

Il souffle doucement dans l’anneau et une bulle translucide se forme, de plus en plus grande. Une sonnerie de téléphone retentit et il sursaute. La bulle éclate avant même d’avoir pu s’élever dans les airs. Il ferme les yeux de colère et les rouvre juste à temps pour voir une alouette fendre le ciel. Il ferme rapidement son tube rempli d’eau savonneuse, le jette à terre et fait alors un saut, levant les bras le plus haut possible, se donnant ainsi l’impression qu’il pourra peut-être toucher les nuages. Avant de redescendre, il lance un « Salut » à l’oiseau.

Ses pieds retombent dans le sable, juste à côté d’un tas d’algues. Il se met à courir au bord de l’eau, agitant un bras comme s’il tenait une corde qui lui servait de lasso. Il cherche à dompter un quelconque animal imaginaire. Il dérape, creusant un creux dans le sable, se relève, jette un œil derrière lui et fait un signe de la main.

C’est un homme à moustache qui le reçoit. Son visage a la couleur d’une pivoine et ses cheveux celle de la paille. Il est calé contre un muret derrière lequel une foule se promène. Une odeur de tarte aux myrtilles flotte dans l’air, se mêlant à celle de la mer. Il corne la page du livre qu’il était en train de lire et attrape la paire de lunette de soleil posée sur sa tête pour la remettre sur son nez. Son regard se pose de nouveau sur son petit homme qui est maintenant étalé sur la plage. Il rentrera plein de sable et, à son retour dans la maison, sa grand-mère lui rappellera de passer par la douche avant d’ensabler toutes les pièces. Cette pensée le fait sourire.

Un début de deuil

« Son âme est montée au ciel. » C’est ce qu’ils lui avaient dit. Elle n’était pas sûre qu’il ait réellement compris. Il n’avait que cinq ans. Comment aurait-il pu comprendre ?

Elle devrait lui parler. Bientôt. Pas tout de suite. Elle ne s’en sentait pas encore capable. Et puis tout cela lui semblait bien philosophique. Qu’avait-elle envie de lui dire, elle ?

Les métaphores n’étaient pas son fort. Elle préférait de loin la vérité brute. Mais il n’avait que cinq ans. Elle voulait qu’il puisse rêver grand et fort encore. Des rêves qui semblent impossibles aux adultes. Des rêves d’enfants qu’on ne devrait jamais abandonner ou oublier.

Sur la table devant elle, une multitude de cartes. La plus jolie restait la sienne, avec son dessin de petit garçon naïf, aux couleurs vives. La vie était bien injuste parfois. Elle détourna la tête et laissa ses larmes couler.

Lettre à l’automne

Cher automne, 

Vous le savez, quand vous êtes entrés dans ma vie, j’étais amoureuse d’un autre. Plus flamboyant, plus solaire. Je ne voyais que lui derrière mes lunettes noires. Et c’est pour lui que je sortais mes plus jolies robes. 

Mais cet autre m’a quitté sans crier gare et j’ai eu très froid à ce moment-là. Vous ne m’avez pas connu sous mon meilleur jour… Vous êtes pourtant restés et avez su faire preuve de douceur avec moi. Certains appellent cela l’été indien. Je me suis réchauffée, mes larmes se sont asséchées.

C’est à ce moment-là que j’ai pu apprendre à vous connaître, découvrir votre caractère et vos couleurs. Du jaune, de l’orange, du rouge. Vous rougissiez ! De me voir à vos côtés ? Vous avez su m’apprivoiser. Je ne vous cache pas néanmoins que j’ai encore un peu de mal avec votre sensibilité, ces jours où vous pleurez quasiment toute la journée. J’aimerais pouvoir vous consoler, vous rendre votre sourire mais ces jours-là, aucune lumière ne vous atteint. 

Je ne vais pas vous mentir, je n’ai pas oublié mon été, peut-être d’ailleurs ne l’oublierai jamais. Je crois que seule une belle amitié pourra se construire entre vous et moi. Ce qui est déjà beaucoup, ne croyez-vous pas ?

Je vous laisse sur ces paroles qui, je l’espère, ne seront pas les dernières.

Chercher le détail

Les falaises s’étendent à perte de vue. Le paysage est étonnant. D’un côté, la mer se prolonge jusqu’à l’horizon, de l’autre, les falaises qui s’élèvent vers le ciel semblent en interdire l’accès. Il nous a fallu gravir un long chemin de terre pour atteindre le sommet. Nous étions tous un peu essoufflés mais le décor qui s’offre à nous en valait l’effort. Aucune parole ne s’échange, comme si le lieu proposait une quiétude qu’il ne fallait surtout pas briser.

Je scrute les parois, sans réellement savoir ce que je cherche… jusqu’à l’apercevoir. Il est assez loin, mais on le distingue néanmoins clairement. À plusieurs mètres, un cadran solaire fait face à la mer. La pointe se dresse fièrement mais de là où je suis, je ne distingue pas vraiment son ombre.

Tandis que Julia me tourne le dos, absorbée par les vagues qui viennent se fracasser contre les rochers quelques mètres plus bas, Danielle s’approche doucement de moi. « Qu’est-ce que tu regardes comme ça ? » Au son de sa voix, Stéphane nous rejoint et dirige à son tour son regard dans la direction que semble suivre le mien.

Quelques secondes s’écoulent avant que je ne réponde, leur laissant ainsi le temps de repérer ce qui m’intrigue. « C’est un cadran solaire. Je me demande bien pourquoi il a été placé à cet endroit. A part si l’on vient de la mer, l’emplacement n’a pas vraiment d’intérêt. »

C’est Stéphane qui me répond le premier : « C’est vrai. C’est bizarre. Une horloge pour les marins, est-ce que c’est utile ? ». Il détourne aussitôt son regard, comme si le sujet ne l’intéressait pas plus. Julia a toujours le regard perdu dans la mer. Elle semble ne plus être vraiment avec nous. Il ne reste donc que Danielle à mes côtés, pour s’interroger.

Un groupe de cinq personnes fait irruption en haut de la falaise, à quelques pas de là où nous nous sommes postés. Ils sont particulièrement bruyants. La tranquillité a fui à leur arrivée. C’est à peine s’ils déposent leurs regards sur le paysage, plus occupés à essayer de se prendre en selfie. C’est certainement au travers de leurs photographies qu’ils découvriront la beauté du lieu.

Le début de quelque chose

Elle vient d’arriver. Elle respire un bon coup, histoire de ne pas laisser l’angoisse s’installer. C’est son premier voyage en dehors de la France. Elle a choisi l’Islande. Le choix pourra paraître étonnant pour certains… Il était rassurant pour elle. Elle doit y rejoindre un ami d’ami. Charles, c’est son prénom. Ils ne se connaissent pas, en tout cas, pas encore. Ce sera le cas dans quelques minutes.

Elle récupère sa valise violette et suit les quelques passagers qui se dirigent déjà vers la sortie. C’est là qu’elle le voit. Enfin, c’est plutôt la petite pancarte qu’il tient qu’elle repère, avec son prénom inscrit dessus en lettres capitales. Il a fait une faute en écrivant Rebecca avec un K.

Elle lève les yeux vers son visage et est surprise par ses cheveux blancs. Il n’a pourtant que 25 ans. Son regard noir semble perdu dans le vide. Dans ses oreilles, deux écouteurs qui sont sûrement la cause du léger balancement de sa tête.

Elle se sent impressionnée. Elle hésite quelques secondes, puis s’approche. Il semble surpris et elle se demande si elle ne s’est pas trompée. Peut-être que deux Rebecca étaient dans l’avion ! Cela expliquerait d’ailleurs la faute dans son prénom. Elle aurait dû demander une photo pour être sûre de le reconnaître. Elle n’y a même pas pensé.

Charles retire ses écouteurs tout en glissant la petite pancarte sous son bras gauche. Et il sourit. Un grand sourire qui laisse entrevoir ses dents et illumine tout son visage. Elle se sent rassurée. C’est sûr, ce voyage sera le début de quelque chose.

Un regard hypnotique

Comme tous les samedis soir, le bar est bondé. La musique de fond s’efface derrière les conversations. Nous sommes six à notre table. Plusieurs discussions se mêlent et s’entremêlent tout à notre joie de nous retrouver. Chacun y va de son anecdote, chacun veut tout raconter et tout savoir. Je savoure l’énergie que nous dégageons tous. Cette soirée était prévue depuis deux mois maintenant, nous avions hâte d’y être.

Julien et Sabrina sont en train de nous raconter leur dernier voyage lorsque le serveur nous interrompt pour nous demander si nous souhaitons quelque chose d’autre. Après avoir écouté nos souhaits pour cette deuxième tournée, il s’éloigne aussi vite qu’il est arrivé. C’est à ce moment-là, dans le « trou » qu’il laisse en s’écartant de notre table, que mon regard est accroché par celui d’un homme, assis à une des tables qui me font face.

Lui aussi est au milieu d’un groupe, mais à cet instant, tout ce que je vois, ce sont ses yeux qui semblent hypnotisés par les miens. Troublée, je baisse le regard. J’ai sûrement imaginé ce qu’il vient de se passer. Je porte mon verre à mes lèvres et me rend compte qu’il est vide. Lentement, je relève la tête. Son regard est toujours tourné vers le mien. Son visage est impassible mais ses yeux…

Je ne saurais décrire ce que je ressens. Me regarde-t-il vraiment ? Est-ce l’alcool qui me monte à la tête ? Je doute, tout en m’en voulant d’accorder de l’importance à ce qui est en train de se passer. Mes amis n’ont rien remarqué. Pierre est en train de taquiner Sylvain, comme il sait si bien le faire. Et Julien s’amuse de cette scène qu’il a pourtant déjà vue mille fois. Les deux filles discutent, à l’inverse, très sérieusement. Je ne sais plus qui parle de quoi. Tout ce que je sais, c’est que ce regard a provoqué en moi quelque chose d’inattendu.

Danser avec les étoiles

Elle était là, plantée au milieu de cette rue qu’elle ne connaissait pas il y a encore une heure. Les passants virevoltaient autour d’elle, comme si elle n’était qu’un simple poteau de plus à éviter. Personne ne la regardait, personne ne s’y intéressait. Et la nuit commençait à tomber, faisant disparaître petit à petit toutes les ombres. Les humains seraient bientôt seuls. Et elle, encore plus.

Tout avait commencé deux mois plus tôt. Elle ne comptait plus le nombre de trophées qu’elle avait gagné, à la sueur de nombreuses heures de pratiques. Ce jour-là, cette compétition aurait pu être comme toutes les précédentes. Mais son corps avait décidé de la lâcher. Lâchement, sans même l’avoir prévenu, sans qu’elle n’ait pu s’y préparer. Elle dansait, ses bras, ses jambes, tout son corps était en mouvement. Elle avait répété cette chorégraphie des centaines et des centaines de fois. Son corps avait largement eu le temps de l’intégrer. Mais des étoiles s’en étaient mêlées. Des étoiles qui étaient venues danser devant ses yeux. Pas de celles que l’on trouve dans les grands ballets, plutôt celles qui l’avaient désorienté, ayant quitté la nuit pour se retrouver sous les projecteurs.

Cinq minutes interminables

J’ai hâte ! Je m’impatiente. Tic tac tic tac tic tac. Je regarde ma montre. La trotteuse fait des tours au pas de courses, pourtant rarement les minutes m’ont semblé aussi longues. Il ne me reste que cinq minutes, cinq petites minutes. Mais cela fait déjà trois fois cinq minutes que je tourne en rond, comme un animal sauvage en cage. Il faut que je me trouve une petite occupation. Quelque chose pour tromper mon esprit. Pour lui faire oublier les minutes qu’il me reste avant que cette porte ne s’ouvre.

Cette porte… Elle n’a rien de particulier. J’ai néanmoins remarqué une petite marque sur la peinture, tout en haut, à droite. A force de la fixer, cette porte, j’ai eu tout le loisir d’en examiner le moindre centimètre. La porte, ma montre, mes pieds, ma montre, la porte, la marque en haut à droite, mes pieds, ma montre. Je vais devenir folle à force ! Je n’aurais jamais dû arriver en avance. Et en même temps, je ne voulais surtout pas être en retard. Et puis qui sait, peut-être qu’elle aurait pu avoir de l’avance ? Malheureusement, ce n’est pas le cas. Oh, j’espère au moins qu’elle n’aura pas de retard ! Tic tac tic tac tic tac. Raaah, c’est décidé, dès que je sors, je m’achète une montre à affichage digital. Je n’en peux plus d’entendre ce mécanisme, de voir cette aiguille tourner sans fin.

Un bruit ! J’ai entendu un bruit, celui des pieds d’une chaise qui raclent le sol. Peut-être est-elle en train de se lever ? Est-ce qu’elle va enfin ouvrir cette porte ? Je m’assois précipitamment. Et j’affiche un sourire sur mon visage, on ne sait jamais. Je dois être prête lorsque la poignée s’abaissera. Elle ne doit surtout pas me voir dans cet état. Je me tiens bien droite et je fixe la porte. Tic tac tic tac tic tac. Le silence est revenu, seule ma trotteuse emplie d’un léger son l’espace. Mon sourire commence à se figer. Un dernier regard à ma montre… Et la porte s’ouvre enfin !

L’amitié qui est naît d’un rire

– Tu sens ?

– Non, je ne sens rien.

Depuis quelques minutes, Adèle ne tient pas en place. Ses doigts, ses mains s’agitent, tapotent la table que nous occupons. Ses pieds sautillent sur place. Je vois bien que quelque chose la tracasse.

– Tu ne sens jamais rien, c’est dingue ! s’énerve-t-elle.

– Mais enfin, de quoi tu parles ? Tout ce que je sens, c’est l’odeur de la pizza qui vient d’être servie à la table voisine.

– Mais non ! Je ne te parle pas d’odeur ! Je sens que les choses vont mal tourner. On va avoir des problèmes, c’est certain.

Je la regarde fixement. Je ne comprends rien à ce qu’elle me raconte. Pourtant, son état me touche. Bien que je n’aie aucune idée de ce qui pourrait mal se passer, les poils de mes bras se dressent. Et ce n’est pas le froid, aujourd’hui il fait au moins 27°. Les pieds d’Adèle s’agitent toujours sous la table.

– Bon Adèle, calme-toi un peu et explique-moi. Parce que là, je nage complètement, sans voir la rive qui me permettra de reprendre pied.

Un léger sourire se dessine sur ses lèvres. Je profite de ce petit rayon de soleil qui s’offre à moi avant qu’il ne s’efface de nouveau sous la tempête. Je me rappelle le premier jour où nous nous sommes rencontrés. Il y a deux ans à peu près. Nous étions tous les deux à une soirée d’anniversaire, celle d’un ami commun. C’est elle qui m’a abordé. Je me souviendrai toujours de ses premières phrases : « J’ai vu ton rire avant de te voir toi. Il m’a donné envie de savoir à qui il appartenait. » J’ai été surpris et flatté, je l’avoue. Et tout ce que j’ai trouvé à faire, c’est de la reprendre : « Tu veux dire que tu as ENTENDU mon rire ? ». Elle avait alors levé les yeux au ciel et m’avait répondu que lorsqu’elle avait vu mon rire, elle espérait mieux de son propriétaire.

Malgré ce faux départ, nous avions passé toute la soirée à discuter, oubliant tous ceux qui nous entouraient jusqu’au moment où la lumière s’était éteinte et qu’une vingtaine de personnes s’était mise à chanter à l’unisson « Joyeux anniversaire » ! Suite à cette soirée, nous avions échangé nos numéros. Et avant même que je n’ai eu le temps de le réaliser, elle était devenue une de mes meilleures amies.