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Savoir reconnaître la légèreté

« La légende raconte que Pégase eut sept poulains. […] quand il jugea le moment venu, Pégase les appela et leur expliqua que pour pouvoir voler, chacun d’eux devait trouver sa propre et unique forme de légèreté. Alors seulement, il leur pousserait des ailes et ils pourraient voler eux aussi ! ». C’est sur cette introduction que commence le spectacle « La fabrique de la légèreté », conçu pour Hermès et actuellement à la Grande Halle de la Villette (Paris). Les spectateurs se retrouvent plongés dans le noir, dans une grande salle dont les quatre murs supportent sept écrans. Chacun leur tour, ils diffuseront un film, tournés sous nos yeux, nous donnant ainsi accès tant aux images qu’aux coulisses de la création. Magique. J’avais envie ici de vous raconter mon « top 3 ».

Sous le grand écran, un décor filmé par une première caméra et projeté sur le sol devant nous. Sur ce sol, deux danseurs qui évoluent dans l’espace en étant couché ! Ils sont filmés par une deuxième caméra, au-dessus d’eux, et c’est cet ensemble qui est projeté devant nos yeux. Le résultat ? Un couple qui, petit à petit, s’envole dans le ciel et danse dans les nuages. Très beau à regarder, tant sur le sol que sur le grand écran.

Sous le grand écran, un voyage ! Un premier décor de mer, miniature et en 3 dimensions, filmé par une caméra. Derrière, des danseurs, habillés de noir dont la caméra ne filmera que leurs mains, gantées et en couleurs. À la manière d’oiseaux migrateurs, celles-ci évoluent dans un ciel de nuit au-dessus de l’eau. Et là, sous nos yeux qui naviguent entre les coulisses du film et le grand écran, le décor se multiplie. L’eau laisse la place à la plage, puis à un village illuminé, à la montagne. Les divers plateaux avancent devant la caméra statique, pendant que les mains gantées continuent de danser dans la nuit. Très poétique.

Sous le grand écran, le décor d’une salle d’opéra. À la place de chanteurs, ce sont des sacs à mains qui entrent en scène. Manipulés à la manière de marionnettes, ils s’animeront pour nous chanter un air du Barbier de Séville. Le temps de quelques minutes, on redevient enfant et on rit.

« La légèreté est partout, tout autour de vous, leur expliqua Pégase. […] Il suffit pour la trouver de savoir la reconnaître : la légèreté, c’est quand le quotidien devient merveilleux […] ». Pari réussi pour ce spectacle : en sortant, je me sentais légère, prête à rejoindre les nuages !

Voyager dans des mondes parallèles

Je mentionnais, il y a une semaine, tous ces lieux culturels fermés durant certaines périodes de ces deux dernières années si singulières. Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais avant que cette crise sanitaire mondiale ne vienne chambouler toutes nos « pratiques », nos modes de vie, tout ce que l’on pensait savoir, j’avais pour habitude de fréquenter régulièrement tous ces espaces qui nous permettent de nous évader : les cinémas, les théâtres, les musées et espaces d’expositions. Je le savais déjà à l’époque, pour moi, tous les univers que je découvrais dans ces lieux étaient bien plus que du simple divertissement. Et ces moments m’ont manqué. En cette période où nous renouons avec plus de liberté, je les retrouve avec plaisir. Comme de vieux amis disparus le temps d’un long voyage, avec qui on a envie de rattraper le temps perdu.

Je retrouve notamment les salles obscures et j’identifie toutes ces sensations qui font que voir un film au cinéma est bien différent que de le regarder au fond de son propre canapé. C’est comme une alchimie qui s’opère en moi. Tous mes sens sont aux abois. Alors que mes yeux sont grands ouverts, la pièce se retrouve doucement plongée dans le noir. Le regard de tous les inconnus qui m’entourent est rivé sur l’écran qui s’anime. Nous plongeons ensemble dans ce monde encore inconnu qui nous transporte parfois tellement loin de notre quotidien.

Pendant 1h30 à 2h00, je mets mon téléphone en « mode avion », ma voix s’éteint, je m’efface, tout cela pour laisser place uniquement à ce qui se joue devant mes yeux. Les couleurs se mêlent aux ambiances musicales. Je ne sais plus exactement si ce qui me touche est ce que j’entends ou ce que je vois, si c’est la sympathie que j’éprouve pour ces personnages que je sais pourtant fictifs, ou si c’est parce que la scène me rappelle une réalité. La fiction se fait parfois poétique, à d’autres moments comique ou, au contraire, dramatique. J’embrasse les rêves et les peurs de ces personnages, qui deviennent mes amis ou mes ennemis l’espace de longues minutes. Et lorsque le générique apparaît à l’écran, me ramenant en même temps à ma réalité, je remercie silencieusement le réalisateur d’avoir partagé son terrain de jeux. Il est alors temps de retrouver la lumière ou, parfois, la nuit noire que l’on découvre avec étonnement en poussant la dernière porte de sortie.